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CBD et mycoses : le chanvre peut-il être une solution ?
Que ce soit clair, le cannabis légal n’a plus grand-chose à prouver côté bien-être. Mais depuis peu, un autre terrain attire l’attention des chercheurs : celui des infections fongiques.
En effet, une étude scientifique s’est penchée sur l’activité antifongique de deux cannabinoïdes non psychotropes, le CBD et la CBDV. L’idée est simple sur le papier, et consiste à voir si ces molécules issues du chanvre peuvent freiner, voire neutraliser, certains champignons pathogènes responsables de mycoses courantes ou sévères. Derrière l’effet d’annonce, que montrent réellement les données scientifiques ? On a voulu en savoir plus chez Kilogrammes…
CBD et CBDV : des cannabinoïdes sous-estimés
Parmi les nombreux phytocannabinoïdes présents dans le Cannabis sativa, le CBD est le plus connu du grand public. Et oui, il est déjà utilisé dans plusieurs indications médicales à l’international, comme vous le savez sans doute. Mais la CBDV, en revanche, reste plus discrète auprès du grand public. Et pourtant, étant présente en faible quantité dans la plante, elle fait l’objet de recherches pour des troubles neurologiques, notamment l’épilepsie.
D’ailleurs, c’est précisément cette CBDV qui a retenu l’attention des chercheurs dans le cadre des infections fongiques. Les travaux montrent que, tout comme le CBD, elle possède une activité biologique large, encore peu explorée, notamment face à certains champignons pathogènes…
Candida et Cryptococcus : des champignons difficiles à contrôler
Les infections fongiques sont un enjeu de santé publique croissant, même si on en parle encore trop peu d’après nous. Et selon les données citées dans l’étude, plus d’un milliard de personnes seraient touchées chaque année dans le monde, avec une mortalité dépassant les 3,8 millions de décès. Bref, c’est tout simplement énorme, et loin d’être anodin.
Parmi les agents les plus problématiques, on retrouve le Candida albicans, responsable de nombreuses candidoses, le Candida glabrata, souvent plus résistante aux traitements, et le Cryptococcus neoformans, qui est carrément classé par l’OMS comme un pathogène de priorité critique.
Sans trop aller dans les nombreux détails, ces champignons posent clairement plusieurs difficultés majeures, avec des résistances aux antifongiques, la formation de biofilms protecteurs et des effets secondaires parfois très lourds des traitements existants.
Un potentiel du CBD qui pourrait tout changer…
L’étude “Uncovering the Antifungal Potential of Cannabidiol and Cannabidivarin“, qu’on a pu lire avec beaucoup d’attention, a évalué l’activité de plusieurs phytocannabinoïdes sur différentes souches fongiques.
Les résultats montrent que le CBD et surtout la CBDV présentent une activité antifongique mesurable, à la fois in vitro et, pour le CBD, dans un modèle in vivo utilisant la larve Galleria mellonella.
Parmi les effets observés au sein de cette étude, on peut noter une action fongicide sur certaines souches, et même une inhibition de la formation de biofilms. Mais, plus étonnant encore, les chercheurs ont constaté une perturbation de la membrane cellulaire fongique, ainsi que des altérations des voies métaboliques et de la synthèse de l’ergostérol.
Dans le modèle in vivo, le traitement au CBD a significativement amélioré la survie des larves infectées par Cryptococcus neoformans, ce qui suggère un effet biologique réel qui va bien au delà du simple test en laboratoire.
Des résultats prometteurs, mais encore exploratoires
Malgré ces observations encourageantes, les auteurs de l’étude restent prudents, et c’est une preuve d’honnêteté selon nous.
Pour savoir pourquoi, il faut comprendre que l’activité antifongique du CBD et de la CBDV varie selon les espèces, les concentrations et les conditions expérimentales. Ces cannabinoïdes ne rivalisent pas, à ce stade, avec les antifongiques de référence utilisés en clinique.
On peut aussi préciser qu’il y a quelques limites qu’il faut rappeler, car il n’y a pas encore eu d’essais cliniques chez l’humain, les données sont principalement de modèles expérimentaux, et les mécanismes d’action ne sont encore que “partiellement” élucidés.
Bref, il y a encore du boulot, mais les chercheurs soulignent néanmoins l’intérêt de ces molécules, notamment en raison de leur profil de tolérance déjà bien documenté.
Vers de nouveaux traitements à base de chanvre ?
Aujourd’hui, cette étude ouvre une piste de recherche sérieuse pour le développement futur de traitements alternatifs. Le CBD et la CBDV pourraient, à terme, compléter l’arsenal existant, en particulier pour des usages topiques ou en association avec des traitements classiques.
On va être honnête, pour l’instant, le chanvre ne soigne pas les mycoses, même si rien ne vous empêche de prendre des fleurs de CBD pour vous faire plaisir.
Dans tous les cas, le CBD s’invite clairement dans le débat scientifique, non plus comme simple plante relaxante avec de la résine de CBD, mais comme source potentielle de nouvelles solutions face à des infections fongiques de plus en plus difficiles à traiter…