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Chanvre et CBD : la Nouvelle-Calédonie trace une voie réglementée vers 2030
La Nouvelle-Calédonie s’apprête à poser les fondations d’une filière chanvre ambitieuse, pensée sur le long terme. À travers une proposition de délibération déposée fin décembre au Congrès, le territoire esquisse une stratégie claire pour organiser la production, la transformation et les usages du chanvre non stupéfiant entre 2026 et 2030.
L’enjeu dépasse largement l’agriculture : il s’agit de créer de la valeur locale, de sécuriser juridiquement le secteur et d’inscrire le CBD dans une approche strictement encadrée, à contre-courant des amalgames persistants avec le cannabis illicite.
Une réponse économique dans un contexte de crise
Le projet s’inscrit dans une période de fragilité économique marquée. En 2024, la Nouvelle-Calédonie a subi une récession historique, avec une chute du PIB de 13,5%. Le ralentissement du nickel, la baisse des exportations et la contraction de l’agriculture ont mis en lumière la nécessité de diversifier les activités productives.
Le chanvre apparaît ici comme une culture adaptée aux conditions locales, capable de soutenir une relance progressive, ce qui nous semble aussi une bonne idée chez Kilogrammes.
Le document s’appuie sur la dynamique mondiale du marché du chanvre, estimé à 9,47 milliards de dollars en 2024, avec une projection proche de 48 milliards d’ici 2032. L’opportunité réside autant dans la culture que dans la transformation sur place et l’exportation.
Clarifier le cadre juridique et sanitaire
Un axe central du texte concerne la sécurité juridique. Le chanvre est défini sans ambiguïté comme du Cannabis sativa L. contenant au maximum 0,3% de THC, mesuré par analyse HPLC. En dessous de ce seuil, il est explicitement exclu du régime des stupéfiants.
Le plan prévoit un contrôle public strict des autorisations et des importations, tout en ouvrant la porte à des opérateurs privés agréés pour la culture, la transformation et l’innovation. Cette approche vise à rassurer à la fois les acteurs économiques et les autorités sanitaires, dans un territoire marqué par une forte consommation de cannabis à usage récréatif.
Structurer une véritable filière agricole
La proposition ne se limite pas à des essais ponctuels. Elle organise une filière complète, répartie géographiquement entre le nord, le sud et les îles Loyauté, afin de limiter les risques climatiques et d’assurer un équilibre territorial.
Parmi les mesures prévues :
- Des garanties contractuelles pour les agriculteurs, avec prix et volumes encadrés
- La création d’une banque de semences locales adaptées au climat tropical
- Des pratiques agricoles standardisées, de la culture au stockage
- Une surveillance agronomique et climatique continue
L’objectif est de garantir une production stable et de qualité, condition nécessaire à tout développement industriel.
Transformation locale et création de valeur
Le texte insiste sur un point stratégique : éviter l’exportation de matière brute sans transformation. Un outil industriel local permettrait de traiter fibres, graines, fleurs et produits intermédiaires. Cette logique vise la création d’emplois durables et la réduction de la dépendance aux importations.
Les débouchés envisagés couvrent les matériaux biosourcés, les huiles végétales, les protéines et les extraits non psychoactifs. Les fleurs de CBD et autres dérivés ne sont envisagés que dans un cadre précis, orienté vers des usages contrôlés.
CBD et CBG : une approche médicale strictement encadrée
La valorisation du CBD et du CBG est l’un des volets les plus sensibles. Actuellement classés comme stupéfiants, ces cannabinoïdes seraient intégrés dans une logique médicale sous surveillance renforcée, mais aucun usage récréatif n’est envisagé.
Un comité scientifique serait chargé de définir les normes pharmaceutiques, de superviser des études cliniques pilotes et d’évaluer les indications thérapeutiques adaptées aux besoins locaux, comme l’anxiété, les troubles du sommeil ou certaines douleurs chroniques.
Si cela reste à définir, la distribution serait limitée aux circuits de santé, sans tolérance pour les allégations non validées.
Une gouvernance et une vision à long terme
Enfin, la délibération propose un modèle de gouvernance partagé associant institutions, provinces, communes et acteurs économiques. Des rapports annuels au Congrès doivent garantir la transparence et l’adaptabilité du dispositif.
À l’horizon 2030, la Nouvelle-Calédonie ambitionne de devenir une référence du chanvre tropical, en conciliant relance économique, santé publique et cohérence politique, sans confusion avec le cannabis illicite. Bref, c’est une affaire qu’on va suivre de très près du côté de Kilogrammes !